Coquilles d’huîtres de Saint-Armel : ce qu’elles deviennent, et ce que la cosmétique y gagne

Comment les coquilles d’huîtres de Saint-Armel transforment la construction, les cosmétiques et l’économie circulaire

Sur la Presqu’île de Rhuys, dans le Morbihan, une filière de collecte et de valorisation des coquilles d’huîtres existe bel et bien. Elle est portée par l’association Perlistrenn (ex-Perlucine) avec le Comité régional de conchyliculture Bretagne Sud, et la zone de Saint-Armel en fait partie. La poudre issue de ces coquilles alimente plusieurs secteurs, dont la cosmétique. Mais aucun produit de beauté précis, aucune marque ni aucun effet sur la peau n’est établi à ce stade : le cosmétique figure sur la liste des débouchés, sans plus. Précision utile : la recherche n’a pas permis d’isoler une annonce datée, donc il s’agit ici d’une filière documentée, pas d’un événement précis.

Un projet bien réel, à l’échelle d’une petite fraction du problème

La France produit environ 250 000 tonnes de déchets coquilliers par an, dont 150 000 tonnes d’huîtres. Seuls 5 à 10 % sont recyclés ; le reste part en remblai, en décharge ou sur des terrains agricoles. Ces chiffres sont des ordres de grandeur de synthèse, sans année ni source primaire précisées.

Face à cela, le projet de Rhuys mobilise 40 ostréiculteurs et valorise 600 tonnes de déchets par an. Il a reçu 49 000 € d’aide de la Région Bretagne. C’est une initiative sérieuse, mais locale : elle ne dit rien d’un recyclage généralisé.

De la coquille à la poudre, puis aux débouchés

Le parcours est simple à décrire : les coquilles sont nettoyées, triées, broyées et concassées pour obtenir une poudre. Cette poudre part ensuite vers le bâtiment et les travaux publics, la peinture d’intérieur, le bio-plastique, l’agriculture, la parapharmacie et la cosmétique. Les mêmes sources évoquent aussi des usages dans les lunettes, le verre ou des œuvres d’art.

Le cosmétique n’est donc qu’une ligne dans une liste. Rien n’indique son poids relatif dans les volumes traités.

La construction : à quoi ressemble une valorisation chiffrée

C’est le débouché le mieux documenté, et il sert de point de comparaison. L’entreprise bretonne Ostrea transforme des coquillages en matériau de construction : elle en a recyclé plus de 2 000 tonnes en 2025 (chiffre de synthèse, non rattaché à une source primaire). Son matériau intègre 60 % de coquillages, des minéraux et des fibres végétales.

Côté carbone, le béton coquille d’huître affiche 100 à 220 kg CO₂/m³, contre environ 350 kg CO₂/m³ pour un béton traditionnel. Prudence : c’est une fourchette de synthèse, dont les conditions de calcul ne sont pas précisées.

Autre usage : mélangées à de la chaux naturelle, les coquilles broyées donnent des enduits respirants à texture nacrée, déjà testés par des artisans bretons dans des maisons et des bâtiments publics, sans projet ni lieu précis cités. La startup Alegina, elle, réoriente ses granulats secondaires vers des pavés drainants et des toitures végétalisées.

Dans ce secteur, on trouve donc des tonnages, une part de matière, un bilan carbone. C’est ce niveau de précision qu’on peut raisonnablement attendre d’une promesse de valorisation.

Côté beauté : ce qui est établi, ce qui ne l’est pas

Pour la cosmétique, les sources s’arrêtent à un constat : la poudre de coquille approvisionne ce secteur. Aucun produit, aucune marque, aucun dosage et aucun bénéfice pour la peau ne sont documentés. Autrement dit, la coquille comme matière première est établie ; un effet sur la peau, lui, ne l’est pas, et rien ne permet de dire que des cosmétiques vendus en France contiennent des coquilles issues de Rhuys.

Devant une mention « coquilles d’huîtres recyclées » ou « upcyclé », trois questions suffisent :

  • D’où vient la matière ? Une filière identifiée, comme celle de Rhuys, se vérifie ; une source non précisée, non.
  • Quelle part dans le produit ? La poudre peut être un ingrédient de fond ou une simple touche d’argument marketing, et la composition affichée sur l’emballage ou le site de la marque permet de le savoir.
  • Quelle information la marque fournit-elle ? Origine, proportion, rôle de l’ingrédient : une marque qui s’appuie sur la filière circulaire peut en dire plus qu’un slogan.

Sans origine ni proportion, la promesse n’est pas vérifiable. Elle ne peut pas être tenue pour acquise sur la seule foi de l’existence de la filière bretonne.