Une enfance entre deux rives, trois cultures
Tina Kunakey naît le 5 avril 1997 à Toulouse, d’un père togolais né au Maroc et d’une mère sicilienne prénommée Nadia. La famille s’installe rapidement à Biarritz, où elle grandit jusqu’à ses 15 ans. Cette ville-là n’est pas un décor anodin : la côte basque porte une culture du sport, du plein air et d’une certaine liberté physique que peu d’autres villes françaises incarnent aussi clairement.
Ce brassage de trois cultures — africaine, méditerranéenne, atlantique — forge une façon d’habiter son corps avant même que la mode s’en mêle. Tina Kunakey a souvent mentionné sa mère comme première référence esthétique, pas dans le sens d’une transmission de codes, mais d’une présence. Une façon d’être dans une pièce, de porter une tenue, d’assumer un visage qui sort de la norme ordinaire.
À 15 ans, un premier contrat à Madrid — sans filet
À 15 ans, Tina Kunakey signe avec l’agence espagnole Mad Model Management à Madrid. On est loin du parcours standard qui mène une adolescente française vers une agence parisienne, puis vers les showrooms du Marais. L’Espagne, c’est un autre marché, d’autres codes visuels, une industrie qui travaille beaucoup sur les marques de surf, de street culture et de mode décontractée.
Ses premières collaborations se font justement dans cet univers-là, à distance du luxe et des grandes maisons de couture. Ce n’est pas le chemin le plus rapide vers les podiums parisiens, mais c’est peut-être ce détour qui lui permet d’arriver plus tard avec une posture différente — moins formatée par les attentes du milieu, plus ancrée dans ce qu’elle est physiquement et culturellement.
Ce que sa beauté dit qu’elle ne dit pas elle-même
L’esthétique de Tina Kunakey est difficile à ranger dans une case, et c’est précisément là que réside son intérêt pour l’industrie. Sa mixité visible — sous-tons chauds, traits qui ne renvoient à aucune origine unique — l’a positionnée dans des campagnes où ce type de visage était encore rare au début des années 2010. L’industrie de la mode a longtemps normalisé un profil très étroit, et les mannequins métisses ou aux origines africaines n’accédaient pas aussi facilement aux premières pages des magazines généralistes européens.
Elle n’a pas construit de discours militant autour de ça. Sa présence dans des campagnes comme L’Oréal Paris ou sur les couvertures de magazines comme Vogue parle sans commentaire. C’est un phénomène que d’autres femmes dans l’entertainment ont aussi traversé différemment : l’image impose ce que les mots ne formulent pas toujours.
Mère depuis 2019 : la maternité sans mise en scène
Tina Kunakey et Vincent Cassel, qu’elle épouse en 2018, deviennent parents en avril 2019 avec la naissance de leur fille Amazonie. La façon dont elle gère ce chapitre publiquement tranche avec ce qu’on observe chez beaucoup de mannequins ou d’influenceuses de sa génération : pas de récit construit sur les réseaux, pas de shooting maternité en série, pas de partage du quotidien du nourrisson.
À une époque où la maternité est souvent monétisée en contenu, cette discrétion est presque un positionnement en soi. Elle montre la fille, très rarement, sans légende explicative. Elle ne raconte pas la grossesse en temps réel. Ce choix n’est pas une morale, c’est une cohérence avec une personnalité qui a toujours semblé peu encline à livrer sa vie privée comme matière première de son image publique.
Le rapport au corps après l’accouchement : ce qu’elle en dit vraiment
Tina Kunakey a pris la parole à plusieurs reprises sur les transformations physiques liées à la grossesse et au post-partum, sans jamais tomber dans l’un des deux récits dominants de l’industrie : ni la performance du corps retrouvé en quelques semaines, ni la valorisation systématique des « nouvelles formes ». Elle parle de son corps comme d’un corps qui a changé, point.
C’est un positionnement plus rare qu’il n’y paraît. L’industrie de la mode exerce une pression silencieuse mais documentée sur les mannequins pour qu’elles reviennent rapidement à leurs mensurations d’avant grossesse. La question du regard que l’industrie du spectacle pose sur les corps féminins qui vieillissent ou changent reste entière pour celles qui en vivent. Tina Kunakey n’a pas transformé sa maternité en tutoriel de remise en forme, et ça dit quelque chose sur ce qu’elle accepte de porter comme image.
Zakari, son frère mannequin : quand la famille devient aussi un territoire professionnel
Zakari Kunakey, né en 2000, a suivi un chemin similaire à celui de sa sœur aînée. Il travaille dans le mannequinat, avec une présence dans des campagnes et sur les réseaux qui témoigne d’un profil construit progressivement. Deux enfants issus de la même famille, avec le même brassage culturel, qui atterrissent dans le même métier : ce n’est pas une coïncidence mécanique.
La famille Kunakey n’est pas une « dynasty » construite par un agent ou une maison de production. C’est plutôt un foyer qui semble avoir transmis un certain rapport à l’apparence et à la présentation de soi — sans que ça ait nécessité une stratégie extérieure. Zakari travaille dans un secteur où les codes esthétiques évoluent vite, et son profil suit cette même logique de mixité assumée qui a ouvert des portes à sa sœur avant lui.